You are currently viewing La difficulté maternelle ? On en parle, avec Élise Marcende de l’association Maman Blues

Devenir mère pour la première, deuxième, troisième fois ou plus, est une découverte, une transformation identitaire. On parle souvent de Matrescence. Cette transformation peut parfois s’accompagner de difficultés très importantes, et j’ai voulu en parler avec Élise Marcende, présidente de l’association Maman Blues.

Dans cet échange, nous avons parlé :

  • De la définition de la difficulté maternelle
  • Des problèmes rencontrés par les mères qui sont concernées
  • Les solutions et dispositifs possibles
  • De l’association Maman Blues, qui apporte de l’information, du soutien et des temps d’échange aux mères en difficulté
Logo de l'association Maman Blues

Bérangère : Bonjour Élise, tu représentes l’association Maman Blues et j’avais très envie t’accueillir pour parler de difficulté maternelle. Dans la communauté des Working Mums on parle plutôt de carrière, d’articulation entre vie pro et perso et surtout du sens qu’on a envie de donner à sa vie pro. Mais parfois dans notre carrière de maman on rencontre aussi des difficultés. C’est pourquoi il m’intéressait vraiment de partager avec toi et de recueillir ton expertise sur :

  • Ce qu’est la difficulté maternelle
  • Quelles difficultés rencontrent les mères à différents moments de leur vie
  • Les solutions qui existent pour se faire accompagner quand on passe par ces « tremblements de mères »

Peux-tu nous dire qui tu es en quelques mots ?

Élise : Je suis Élise Marcende, la présidente de l’association Maman Blues depuis 6 ans. Ça fait 10 ans que j’évolue au sein de Maman Blues. J’ai rejoint l’association après ma propre difficulté maternelle. En fait j’ai connu la dépression pendant la grossesse et le post-partum pour mon aînée, il y a maintenant 11 ans et demi. La prise en charge avait été catastrophique et chaotique.

Une fois que j’en suis sortie, quand elle avait 1 an et demi, j’ai commencé à chercher sur le net. C’est comme ça que j’ai découvert l’association via son forum. J’ai beaucoup écrit au départ, puis je me suis investie en local puisque je suis une des référentes sur le 69.

Donc ce que tu es en train de nous dire sur l’association c’est qu’il y a des antennes ?

Carte du réseau maman Blues en france, belgique et suisse

Élise : Tout à fait. On est actuellement une cinquantaine de femmes bénévoles qui avons expérimenté la difficulté maternelle sur la France, la Belgique et la Suisse.

Toutes les personnes francophones peuvent nous rejoindre. On a même des personnes sur les îles qui nous contacte et c’est tout à fait possible de les aider.

Tu as parlé de dépression du post-partum et pendant la grossesse, est-ce que tu peux nous expliquer au sens large ce que recouvre le terme de difficulté maternelle ?

Élise : Alors pour commencer, il faut savoir que l’expression « difficulté maternelle » n’a pas été inventée par l’association. Elle a été introduite par Jean-Marie Delassus, le créateur de la discipline de la maternologie. Cette expression s’intéresse au pendant psychique de la maternité.

On entend en ce moment beaucoup parler de matrescence. On sait que les périodes de grossesse et de post-partum équivalent à une crise identitaire assez conséquente, comparable à la crise d’adolescence.

C’est une période de grande fragilité. Dans le langage psychanalytique on parle de « transparence psychique » pendant la grossesse. C’est une période où on va être comme une éponge, et absorber tout ce qui vient de l’extérieur. C’est aussi une période de réminiscence de ce qu’on a pu nous même traverser étant plus jeune. Et donc tout ça peut mener à ce qu’on appelle une difficulté maternelle.

La difficulté maternelle peut toucher toutes les femmes

Comment ça se manifeste concrètement cette difficulté maternelle ?

En fait, ce terme permet de sortir de l’aspect purement psychiatrique car oui, certaines femmes vont faire des dépressions pendant ou après la grossesse, connaître des troubles anxieux, des phobies d’impulsions ou des psychoses puerpérales.

Mais toutes ces pathologies, au-delà des symptômes, poussent à se poser la question de ce que ça fait de devenir parent. C’est aussi pour ça qu’on utilise l’expression difficulté maternelle : pour toucher toutes les femmes, que toutes puissent se sentir concernées.

Certaines femmes ne feront pas de dépression, donc elles ne se sentiront pas concernées si on ne parle que de dépressions du post-partum ou pendant la grossesse. On peut aussi avoir des troubles d’attachement avec le bébé : avoir des difficultés à se sentir mère, tout simplement, ou au contraire avoir une expérience très fusionnelle où la mère comme l’enfant peuvent avoir du mal à se retrouver comme des personnes à part entière.


La difficulté maternelle, c’est une difficulté psychique pendant la grossesse et/ou en post-partum qu’il est bon d’accompagner pour le bien-être de la femme, du bébé, du couple et de la famille. L’arrivée d’un bébé, c’est tout un équilibre à retrouver.


Finalement, il y a un éventail très large qui concerne beaucoup de femmes. On a des chiffres sur la difficulté maternelle en France ?

Élise : On a surtout des chiffres sur la dépression :

  • pendant la grossesse c’est 12 à 18% de femmes
  • pendant le post-partum c’est entre 15 et 20%

En sachant qu’il y a un certain nombre de femmes qui n’en parleront jamais, et qui seront diagnostiquées plus tard sur du burn-out parental qui fera suite à la difficulté qui n’a pas été prise en charge.

Chez les pères on parlait de 10% de dépression, maintenant on est plutôt autour de 14%.

La depression post-partum est une forme de difficulté maternelle

Après sur tout cette éventail, c’est difficile d’avoir une estimation parce que les chiffres ne concernent que les pathologies recensées. A mon avis, sur le nombre de femmes qui donnent naissance, on ne doit pas être loin de la moitié. Je pense qu’il y a au moins 30 à 40% de femmes qui, dans l’après-naissance ou pendant la grossesse, vont être dans un fort questionnement et une crise identitaire conséquente.

Moi dans mon coaching je vois surtout les difficultés qui suivent le retour de congé maternité. En quoi la sphère professionnelle influence ce phénomène selon toi ?

Élise : Savoir qu’elles vont reprendre, ça engendre le fait de devoir trouver un mode de garde qui leur convienne et jongler avec les horaires de boulot et des aînés s’il y en a.

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La reprise du travail peut aussi sembler extrêmement prématurée pour certaines, dans le sens où elles ne sont pas prêtes à laisser le bébé. Elles ont la sensation de ne pas avoir assez profité de lui pendant ces 2 mois et demi. Cette impression de choisir entre l’enfant et le travail crée une forte culpabilité, alors même que ce n’est souvent pas un choix mais un impératif financier.

Il y a aussi des cas où le retour de congé maternité vient accentuer des problèmes qui étaient déjà là avant. On se rend compte qu’on est plus du tout en adéquation avec son travail. Ça peut être vécu comme quelque chose d’inconfortable. Cette perspective de reprendre un emploi qui n’est plus adapté génère du stress et de l’angoisse.

Par ailleurs, je pense que ce sont des choses qui s’alimentent mutuellement : du moment où tu as une difficulté sur un plan, ça peut en impacter un autre. La reprise du travail peut avoir un effet d’accélérateur ou de loupe sur une difficulté maternelle qui était latente.

Comment réagissent les femmes à cette difficulté maternelle en général et qu’est ce qu’elle pourrait faire de plus pour trouver de l’aide ?

Élise : Il y a un temps de latence en fait. On est fatiguée par la grossesse, surtout si on a eu un accouchement compliqué. Du coup, on met souvent ces problèmes-là sur le compte de la fatigue.

On nous dit que c’est normal les premiers mois. Il y a d’abord le baby blues, puis on vous dit que ça va passer, que le bébé va commencer à faire ses nuits. En réalité, il est rare que ces femmes soient dans le déni. Elles ont conscience qu’elles ne se sentent pas comme d’habitude mais généralement elles attendent d’être en grande difficulté pour demander de l’aide. Que ça devienne insupportable.

le baby blues cache parfois une vraie difficulté maternelle

Le baby blues, c’est passager et supportable. La difficulté maternelle, elle va s’installer dans le temps et devenir de plus en plus insupportable.

Tu disais que la difficulté maternelle pouvait durer jusqu’à la fin du post-partum, mais ça peut être très long : combien de temps ça dure ?

Élise : Justement il n’y a pas de définition précise. On parle parfois de 6 mois. Pour certaines ça prend plus d’1 an pour se remettre d’un accouchement. Le post-partum peut durer jusqu’aux 2/3 ans de l’enfant, surtout si la difficulté est très présente voire paralysante.

De plus, si la prise en charge n’est pas satisfaisante, il peut aussi y avoir des relations complexes qui se mettent en place avec l’enfant : des problèmes d’alimentation, de sommeil, de colère, … La difficulté va avoir un impact sur soi et sur l’enfant. Donc le but c’est d’avoir une aide pour soi et le bébé, pour accompagner cette relation qui se noue au fil de l’eau.

Justement, quelles solutions on peut apporter à ces difficultés ?

Élise : Déjà ouvrir la parole. Se libérer est vraiment essentiel. Quand je dis ça, ce n’est pas en parler à la voisine ou à un proche jugeant et pas bienveillant. Si le coparent est quelqu’un qui est prêt à entendre et à être un relai c’est vraiment la première personne à qui on peut se confier. Ça peut aussi être un proche, un parent, une amie, et bien évidemment un professionnel de santé.

les sages-femmes sont formées à identifier les difficultés maternelles

La sage-femme reste assez présente après la grossesse donc ça peut être le référent à qui en parler. Normalement, elles sont formées aux problématiques de difficulté maternelle et elles vont pouvoir elles-mêmes orienter vers des professionnels de santé dédiés.

Les solutions concernent vraiment la libération de la parole. Et puis pour certaines en phase aiguë, il peut y avoir effectivement besoin d’une médication proposée par le médecin traitant, un psychiatre ou une unité mère bébé où on va aller en consultation ou en hospitalisation. La question de la médication revient souvent dans le discours des femmes : elles culpabilisent de devoir avoir un traitement.

Nous faisons toujours le parallèle avec une maladie quelconque. Si elles avaient un diabète, elles ne se poseraient même pas la question de prendre ou pas le traitement. Après le traitement n’est qu’une béquille, il ne remplacera jamais la thérapie donc il faut aussi que ça s’accompagne d’un travail de fond pour comprendre ce qui s’est joué dans cette naissance.

Je précise aussi que la difficulté peut apparaître à n’importe quelle naissance. Tout ne se joue pas sur la première naissance. Ça peut vraiment venir sur les naissances suivantes.

Tu as parlé des unités mères-enfants, qu’est-ce que c’est ?

Élise : Ce sont des structures spécifiques qui sont souvent rattachées à des unités de psychiatrie avec un pédopsychiatre ou un psychiatre périnatal. Ces unités sont amenées à prendre en charge les femmes enceintes ou les nouvelles mères avec leur bébé jusqu’aux 2 ans de l’enfant.

Le but est d’avoir un accompagnement avec plusieurs professionnels de santé : psychomotricienne, musicothérapeute, psychologue, infirmière puéricultrice, parfois une sage-femme. L’intérêt est d’observer la relation à l’enfant lors des phases de bain, de nourrissage, de sommeil : voir ce qui se construit au fil du soin, comment le bébé réagit. Selon les structures ça peut être de l’hospitalisation en journée ou une prise en charge en temps plein du lundi au vendredi.

Comment l’association Maman Blues s’inscrit-elle dans tout ça ?

Élise : Nous poursuivons 3 objectifs : informer, soutenir et échanger.

L’idée c’est :

  • que les femmes puissent trouver de l’information sur ce qu’elles étaient en train de traverser,
  • qu’elles puissent rompre l’isolement et échanger avec des femmes qui vivent des situations similaires
  • qu’il soit possible si besoin d’orienter ces mamans grâce au répertoire de professionnels de santé qu’on a constitué.

On essaie aussi de proposer des temps d’échange. Ce n’est pas sur toute la France, certaines référentes le font parce qu’elles ont le temps. Depuis le premier confinement, nous avons des groupes de paroles en visio. Ils étaient à la base par département, puis on a trouvé plus pertinent de les ouvrir à toute personne francophone. On ne voulait pas fermer la porte et se dire que certaines pourraient ne rien trouver dans leur département. C’était important qu’elles aient ce lieu pour partager entre femmes : se rendre compte qu’elles ne sont pas seules et sortir du cercle vicieux de la culpabilité.

L’idée c’est de rompre la spirale anxiogène, pour ensuite mettre des solutions en place.

Comment on fait pour rentrer en contact avec l’association ?

Élise : Ça peut se faire via notre site, via le mail générique de l’association ou les mails des référentes locales. Ça passe aussi de plus en plus par les réseaux sociaux : Instagram, Facebook et Twitter. Il ne faut pas hésiter à entrer en contact avec nous sur les réseaux, on est assez réactives pour répondre en 24 heures et voir ensemble ce qu’il est possible de faire.

Pour découvrir et prendre contact avec l’association Maman Blues, c’est par ici :

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