Reprise du travail et allaitement

Lucie tire discrètement sur sa veste, en remerciant le ciel de lui avoir donné la présence d’esprit de la garder sur elle, alors qu’il allait faire super chaud dans cette salle de meeting.

La réunion s’éternise, et voilà maintenant qu’elle aurait dû tirer son lait il y a presqu’une heure…

Elle visualise dans sa tête, les auréoles en train de s’agrandir sur son chemisier, et sent monter le malaise. Cette sensation de presque-honte…
Du coup, elle n’est plus du tout concentrée sur ce qui se dit, et a envie de se cacher dans un trou de souris.

La plupart des personnes qui n’allaitent pas, ne s’imaginent pas un instant qu’on puisse avoir des «fuites de lait», et que la taille du coussinet d’allaitement, ou le choix de la couleur de ton haut, soit un vrai sujet^^

Quelle galère depuis qu’elle est revenue de congé mat’! 

Entre les montées de lait qui se font attendre, alors qu’on se cache dans les toilettes à l’heure du déj’ pour tirer son lait en 12min chrono, et les expressions spontanées gênantes en salle de réunion alors que ce n’est pas du tout le moment, oui, c’est une galère…

Lucie finit par se demander si c’était une bonne idée de vouloir continuer à allaiter. 

Son patron l’a regardée avec un air ahuri quand elle lui a annoncé qu’elle voulait tirer son lait. Genre «c’est quoi cette nana qui n’arrive pas à couper le cordon». 
«On n’est plus à la préhistoire avec des femmes qui baladent leur gamin au sein en permanence». 
…Enfin il n’a rien dit, mais les sous-entendus, depuis, sont éloquents.

Lucie a dû lui fournir les textes de loi, car il n’avait jamais été confronté à cette demande.
Aujourd’hui elle se retrouve à guetter quel bureau est vide pour aller tirer son lait tranquille. Sans compter les réflexions des collègues sur la poche de lait qu’elle stocke dans le frigo commun. 

L'allaitement et travail : ce que dit la loi

L’histoire de Lucie est malheureusement très commune. 
Il est difficile d’allaiter en entreprise, encore aujourd’hui. 
Le regard des autres est souvent jugeant. Les femmes sont très mal informées de leurs droits. 

Je clarifie tout de suite : on ne parle pas ici de la question de «faut-il allaiter ou pas».
C’est juste que chacune d’entre nous doit pouvoir avoir le choix de femme, de mère. 
Un vrai choix, quoi. 

L’allaitement ne doit pas donner lieu à quelque stigmatisation au sein de l’entreprise.
J’hallucine quand je vois sur Facebook des témoignages affirmant que la place d’une femme qui allaite est à la maison. Non mais allô, de quoi je me mêle !!!

Ce que dit la loi sur l’allaitement au travail

Si tu veux faire valoir ton droit à l’allaitement au retour de ton congé maternité, il est probable que ton employeur ne soit pas du tout au parfum.  

S’il n’a jamais eu de demande, il ignore peut être tout des dispositions légales au sujet de l’allaitement. Dans ce cas, c’est toi qui va lui faire découvrir tout ce que la loi a prévu. 

Aussi je te conseille d’avoir les textes de loi avec toi quand tu aborderas le sujet avec ton boss.
Je te mets ci-dessous les références des articles de loi.

Le site de la Leche League France (que tu connais spurement si tu allaites) est hyyyyyper fourni à ce sujet.

Le code du travail décrit les pauses pour allaitement dans les articles L. 1225-30 à L. 1225-33.

Art. L 1225-30. : Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail (2×30 min)

Art. L 1225-31. : La salariée peut allaiter son enfant dans l’établissement.

Art. L 1225-32. : Tout employeur employant plus de cent salariées peut être mis en demeure d’installer dans son établissement ou à proximité des locaux dédiés à l’allaitement.

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Les modalités d’application se trouvent dans les articles R. 1225-5 à R. 1225-7 et R. 4152-13 à R. 4152-28.

On notera que les pauses de 30 min peuvent être réduites à 20 min si l’employeur met à disposition un local dédié à l’allaitement. (art. R.1225-6)

Les caractéristiques de ce «local» sont toujours les mêmes depuis 1917 !!!

Le Code du travail a bien été «toiletté» en 2007. Certaines dispositions pour ce fameux «local» auraient pu être modernisées, comme avoir une prise électrique ou un frigo. Mais non !
M’enfin bon c’est déjà pas mal, non ?

Le manque d’information sur l’allaitement au travail

Le principal facteur limitant concernant l’allaitement au travail est le manque d’information. 

Le manque d’information des femmes et des employeurs.
Beaucoup de femmes ne sont pas informées de ces textes de loi. Alors elles n’osent pas aborder le sujet de l’allaitement à leur reprise de boulot
Elles se débrouillent pour tirer leur lait plus ou moins en douce, parfois avec la complicité d’une collègue. On bloque la porte du bureau pendant que la copine fait le guet. Comme si elles faisaient un casse, tu vois !!
Elles sont en stress à chaque fois. Du coup la montée de lait n’arrive pas ou vraiment au mauvais moment. Alors que c’était tellement naturel, quand elles étaient encore à la maison. 

Qui n’a pas une copine ou une collègue qui s’est retrouvée à tirer son lait dans les toilettes ? Bonjour les conditions d’hygiène ! 
Je ne te parle pas des contorsions entre la prise, la longueur de fil et le blocage de porte avec le pied (…d’ailleurs, opte pour le tire-lait manuel, parce qu’il n’y a jamais de prise) 
Et tu imagines les personnes qui entrent et sortent, et qui entendent que derrière la porte verrouillée des toilettes réservées aux handicapés, y’a une collègue qui fait un truc non identifié avec un appareil électrique depuis 20 minutes ? hahaha

Ensuite, pour ne pas être obligée de malheureusement le jeter, il faut un frigo pour conserver le lait. Et si ta boîte a une cantine, il est probable qu’il n’y ait pas de frigo à disposition des salariés.

Par manque d’information sur leurs droits, les working-mamans se retrouvent souvent dans des situations complètement ubuesques. Et ce qui devrait être un acte naturel, l’allaitement, devient (encore) une corvée stressante de plus.

Par manque d’information sur leurs droits, les working-mamans se retrouvent souvent dans des situations complètement ubuesques

Certaines working-mamans n’osent pas poursuivre l’allaitement au travail

Les conditions pour tirer leur lait sont ultra compliquées, mais il ne faut pas oublier le regard des autres. 

Ah les collègues…. hommes ou femmes d’ailleurs. Dans ce domaine, l’égalité des sexes est bien respectée.
Les réflexions bien lourdes sur la poche de lait, que tu as mise dans le frigo : «J’ai failli m’en servir pour mon café», dit Robert .

Tirer son lait est un acte vraiment intime et tu peux très légitimement ne pas avoir envie d’exposer ta production dans le frigo collectif.

Pire que les réflexions, il y a le jugement des autres.
Les pro-allaitement vont te culpabiliser d’avoir repris «si tôt» (#mèreindigne). Elles, elles ont pris leur temps avec leur bébé. Toi tu es une horrible carriériste qui abandonne sa progéniture.
Pour les anti-allaitement, elles ne comprennent pas tout ce «cirque». C’est tellement plus simple de donner du lait en poudre. Nan mais… Aucun gamin ne s’est jamais plaint d’avoir un bib’ au Gallia. C’est quoi cette nouvelle génération de bobos-ayatollah de l’allaitement, encore pire que les Femen ^^

La crainte d’affirmer ses besoins

Bien souvent, la working-mamans qui reprend le boulot n’ose pas affirmer ses besoins. 

Entre un patron pas informé et le jugement des collègues, elle s’autocensure pour rentrer dans la norme de l’entreprise.
Elle est tiraillée entre son désir de vivre pleinement cette maternité et toutes les contraintes que cela impose quand on ne fait pas valoir ses droits. 
Elle ne veut pas passer pour la chieuse de service. Déjà elle a été en congé mat’ pendant des semaines et maintenant elle veut du temps et du calme pour tirer son lait ! Voilà ce qu’elle lit dans les yeux de ses collègues.

Alors, elle ne demande rien, elle n’essaie même pas, elle se dit que c’est impossible. Et elle se retrouve à gérer son allaitement dans des conditions hyper compliquées.

Que faire quand on veut concilier allaitement et travail ?

Tu t’informes de tes droits. 

Tu consultes tous les textes de lois. Tu vois ce qui est applicable en fonction de la taille de ton entreprise. Tu imprimes ou tu stockes sur ton cloud (c’est mieux^^) pour avoir des arguments quand tu rencontreras ton boss. 

Bref tu deviens la championne des alinéas et des articles du Code du Travail. Tu as une documentation à jour sur le thème de l’allaitement au travail (il y a des subtilités pour les fonctionnaires, tu verras, si c’est ton cas, renseigne toi bien).

Tu demandes à ton chef

Tu dois évoquer le sujet avant ta reprise. 
Ton employeur doit aussi avoir le temps de préparer ton retour.
Donc tu abordes le sujet de l’allaitement avec ton N+1 avant ton retour. Forte de ta super connaissance des textes de loi, tu lui déroules ton bel argumentaire. Tu exposes clairement tes besoins : du temps, un lieu, du calme, un frigo, (Robert qui se tait), etc…

Tu te rappelles pourquoi tu as fait ce choix

Si tu as du mal à aller demander à ton chef.
Si tu sens que le regard des autres va être compliqué à vivre pour toi.
Si tu hésites à continuer l’allaitement à cause de ta reprise de travail.
Et bien, demande-toi pourquoi tu as fait ce choix au départ. Pourquoi tu as voulu allaiter ton enfant. À quelle valeur cela correspondait chez toi ? 
En quoi cet allaitement est important pour toi ? 

Il n’y a aucune honte à arrêter d’allaiter quand on reprend le travail. 
C’est juste qu’il faut que ce soit TON choix, et pas, juste une mise en conformité avec un système. D’ac ?

Et si ça ne fonctionne pas ?

Si tu as fait tout bien. Tu t’es informée de tes droits, tu les as fait valoir en t’affirmant face à ton n+1.
Mais malgré tout ça, ça cloche. Pire que ça, tu sens qu’il y a incompatibilité entre la poursuite de ton allaitement et le travail. 
Niet, nada, No… ton patron te refuse ce droit. Il ne comprend pas et tes collègues non plus.
Tu es stigmatisée et tu le vis super mal.


Dans ce cas-là, une seule issue : tu te casses. Je suis sérieuse.
Tu dois pouvoir travailler dans une entreprise qui respecte tes choix (et tes droits).

Ne gaspille pas tes talents et ton expertise pour une organisation qui ne te respecte pas, et qui n’est pas à l’écoute de tes besoins de mère.

Si tu commences à négocier avec tes valeurs et abandonne ton droit à l’allaitement, il y a de grandes chances que dans quelques mois/années, tu ne trouves plus du tout ta place dans cette boîte. 

Alors n’attends pas ! 

Et quand on est indépendante ?

Tu te dis peut être que c’est plus simple pour les indépendantes. Elles n’ont de compte à rendre qu’à elles-même (et à leurs clients !) et elles s’organisent comme elles veulent.

Et ben non !

Pour info, même en tant que mumpreneuse, c’est pas simple. 

A ma reprise et quand Suzanne a été gardée à plein temps, j’ai dû tirer mon lait 3 à 4 fois par jour. Même là, c’est une organisation : caler ses rendez-vous en fonction des plages prévues.  
Pas possible de parler au téléphone en même temps à cause du bruit bizarre du tire-lait lol

Et toi, quelle expérience tu as avec la poursuite de l’allaitement à la reprise du travail ?

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