« Bore-out » : Que faire quand l’ennui au travail nous épuise ?

Ça a commencé à votre retour de congé maternité, quand on avait « réparti tes dossiers pendant ton absence, tu comprends »

ou alors, ça a toujours été comme ça.

Vous n’avez pas assez de choses à faire au travail, ou alors vous en avez des choses, mais sans aucun intérêt ! (« Bac + 5 pour remplir des tableaux de reporting… tout ça pour ça… »)

l'ennui au travail vous épuise moralement et nuit à votre estime de vous

Vous finissez par vous dire que vous seriez peut être mieux à la maison, mère au foyer… mais au fond de vous, vous êtes certaine que votre vie pro peut être une source d’épanouissement, et puis vous avez envie de garder votre indépendance financière.

Bref, à la maison, vous vous imaginez en Desperate Housewife et ce n’est pas le plan !

Le problème c’est que cet ennui vous épuise moralement, qu’il nuit à votre estime de vous, qu’il entache votre vie de famille.

Sans compter que vous n’osez pas vous plaindre « attends, t’es payée à rien f*** de la journée, tu devrais être super reposée ».

Ah oui mais non.

Car depuis l’arrivée de votre chérubin (ou du n°2 ou 3), vous jonglez continuellement entre ces sensations de trop, et de trop peu. Le tsunami de cette nouvelle vie de famille à 3, 4, ou plus, c’est le trop. Trop de fatigue, trop de cris, trop de questions mais aussi trop d’amour (ben oui !).

Et votre vie pro c’est aujourd’hui le trop peu.

Trop peu de travail, trop peu de sens, trop peu de considération, trop peu de confiance en vous.

Alors que faire quand l’ennui au travail nous épuise ?

Aujourd’hui, j’adore mon métier, et je me dis souvent que j’ai beaucoup de chance.

Notamment parce que la richesse et la variété des clients que je rencontre sont énormes.

Je ne m’ennuie jamais et j’apprends tout le temps.

Non seulement parce que je suis bien occupée, mais aussi parce que intellectuellement, je suis obligée de faire le grand écart 5 fois par jour, pour comprendre ce que vivent mes clients, et ça me plaît.

Par exemple, un matin je peux accompagner une maman qui sort d’un burn-out, et le soir une autre qui s’ennuie à mourir au boulot. Ces deux personnes se trouveront dans un même état d’inconfort, connaissent (ou ont connu) la souffrance, mais dans deux situations opposées.

Oui, on peut connaître la souffrance parce qu’on n’a rien à faire au travail.

Et l’ennui chronique au boulot, c’est terrible.

Ça a même un nom, ça s’appelle le bore-out.

Ou comment l’abus d’ennui au travail peut mener à l’épuisement et la dépression, entre autres. Je ne sais pas si c’est ça, que vous vivez en ce moment, et qui vous donne envie de quitter votre emploi. Mais en tous cas, vivre un bore-out, c’est une très bonne raison d’en changer.

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Êtes-vous en bore-out (ou le serez-vous bientôt) ?

Si vous répondez oui à deux des affirmations suivantes, c’est que c’est le moment pour vous de prendre le problème en mains, effectivement :

  • Je n’ai plus de stimulation intellectuelle à mon poste
  • Je n’ai pas beaucoup de choses à faire au travail
  • Je passe minimum 2 heures par jour à ne rien faire, à ne pas avoir de but précis
  • Cette situation me rend anxieuse, fatiguée, presque déprimée
  • Cette situation me fait perdre confiance en moi
  • Je me sens mal, d’être payée « à ne rien faire »
  • J’ai le sentiment d’être inutile
  • J’ai le sentiment d’être un parasite de la société
  • Je me sens dévalorisée
  • Je suis en train de perdre mes compétences
  • Je crains de ne plus pouvoir changer, après ça

Alors ? Oui, vous êtes en bore-out ou presque ?

Dans ce cas, vous rejoignez le club des 32% des salariés européens (étude Stepstone) qui s’ennuient au travail.

Merci les politiques d’embauches inadaptées, les postes obsolètes mais conservés parce qu’« on a le budget ».

Alors ? Oui, vous êtes en bore-out ou presque ?

Merci les mises à l’écart volontaires (vous avez peut être négocié un temps partiel et ça n’a pas plus à votre patron, ou vous êtes « juste » devenue maman avec les tracas de rendez-vous médicaux, de crèche ou de nounou, la vie quoi !).

Merci les licenciements trop chers qui se transforment en mises au placard.

Merci la parcellisation des tâches qui vident les missions de leur sens.

Et le phénomène sévit autant dans le public que dans le privé.

Une autre étude, « Bore to death » (qui a un nom flippant, d’ailleurs) menée en Angleterre, rajoute que les salariés qui s’ennuient au travail présenteraient un risque deux fois plus élevé d’accidents cardio-vasculaires, que les salariés stimulés par leur emploi.

Et avant d’en arriver là, il y a ce vide, qui est très difficile à gérer.

Le bore-out, c’est commencer par se sentir inutile, et finir par se sentir incapable.

Ce qui nous enferme encore plus dans le poste, puisque « qui voudra de nous après ça » ?

Comment vendre cette expérience professionnelle sous forme de coquille vide ailleurs ?

Sans compter que vous vivez déjà une période de chamboulement personnel, avec son lot de questionnement, de culpabilité et ce sentiment d’incapacité, que l’on a souvent face à un enfant (« mais pourquoi il pleure depuis 1 heure alors que je l’ai nourri, changé, bercé, câliné, qu’est-ce que je fais mal ? »).

Et puis il y a ce sentiment d’imposture que l’on peut ressentir. Surtout quand on dit ce que l’on fait :

« Je suis chef de projet. »
« Ah bon ? C’est quoi, exactement, chef de projet ? »
(« Je navigue sur Internet sans but précis pendant des heures, je regarde l’horloge et je me fixe des défis-temps du style « quand il est la demie, je vais me prendre un autre café »…) !!

Et le sentiment de vivre en parasite, en particulier dans un monde du travail où c’est plutôt le burn-out, soit l’épuisement par TROP de travail, qui est la « norme ».

Alors comment faire pour se sortir de cet ennui au travail ?

Nous sommes tous d’accord je crois : être payée à ne rien faire, n’est pas une situation enviable. Enfin moi, des gens qui sont OK pour se complaire dans ce type de situation, je n’en connais pas.

Le but, ça serait de retrouver une situation professionnelle qui vous permette de vous sentir utile, d’avoir de l’impact.

De servir à quelque chose, quoi.

De pouvoir en parler avec fierté.

De pouvoir y penser avec plaisir.

Et puis par la même occasion, de renouer avec la confiance en soi, en ce que vous êtes capable de faire, même si vous n’avez pas utilisé vos compétences depuis longtemps.

Est-ce que comme moi, vous pensez que le travail est indispensable à l’épanouissement ?

Que la « valeur Travail » est importante pour se réaliser ?

Le but, ça serait de retrouver une situation professionnelle qui vous permette de vous sentir utile, d’avoir de l’impact

Je crois même que de pouvoir se réaliser intellectuellement dans son travail, c’est juste vital. À compléter par des relations de qualité, et une cohérence entre ce qu’on fait, et notre vision de la vie.

Alors je vous propose un micro-plan de réflexions et d’actions à mener dans l’ordre, pour faire émerger de nouvelles perspectives pour vous, je l’espère  

Prise de conscience et réorganisation du temps

D’abord, ce que je vous propose, c’est de prendre conscience de la situation, d’en faire l’état des lieux.

Combien de temps passez-vous par jour à vous ennuyer, à ne rien faire, à errer sur internet sans but précis ?

Isolez ces temps, notez-les, et faites-en des temps pour vous : des temps à consacrer à votre changement professionnel. Yes.

Essayer une dernière fois ?

Si vous le pouvez, et que vous tenez par-dessus tout à rester dans votre entreprise ou organisation, parlez de cette situation à votre N+1. Montrez-lui factuellement le temps où vos compétences ne sont pas exploitées, et l’argent qu’il y perd.

Demandez d’être associée à des missions. Proposez-en.

Engagez-vous dans la vie de l’entreprise. Cherchez une évolution possible dans la boîte. Réseautez en interne pour obtenir de l’information sur d’éventuels postes à pourvoir ou créations de poste.

Rien n’est récupérable ?

Si tout cela ne donne rien, ou que vous êtes déjà loin dans votre tête, ok. Consacrez-vous donc à votre plan pour l’après. Profitez de ce temps dont vous disposez pour dresser l’état des lieux de ce qu’il vous faut, dans votre prochain job.

Inventoriez et détaillez vos atouts, vos besoins, vos valeurs, vos compétences, votre expérience…ça vous permettra de mieux les vendre ensuite.

Prévoyez votre plan pour l’après

Maintenant que vous vous connaissez mieux, que vous savez ce que vous voulez, et ce que vous ne voulez plus : ciblez votre recherche.

Quel type d’entreprise ? Quel poste ? Quel interlocuteur ? Quelle stratégie ? Quelles compétences avez-vous à mettre à jour pour y arriver ? C’est du boulot, prévoyez du temps (super, vous en avez).

Préparez votre départ

Identifiez quel sera le premier interlocuteur à qui parler de votre départ, de manière à vous maintenir en position favorable de négociation.

Votre N+1 ? Le service RH ? Définissez comment vous voulez partir.

Démission ? Rupture conventionnelle de contrat ?

Oui, je sais ça n’est pas simple, de réfléchir à ça seule.

En fait, comme vous êtes empêtrée dans une situation inconfortable qui vous mine, vous avez du mal à vous concentrer pour être constructive, à prendre du recul. Et à prendre conscience que quelque chose d’autre est possible.

Sketchnote - Bore-out

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Cet article a 4 commentaires

  1. Trés bon article ! Je suis passée par là entre 2014 et 2015. J’ai quitté ma boite pour cette raison développée ci-dessus, et pour d’autres raisons. Qu’importe ! J’avais du temps. Ce temps, je l’ai exploité : Mooc archive (Fun), bilan de compétences en dehors du boulot (exercices, tests et questionnaires faits sur mon temps de travail). J’en ai !!! Au bout de cela, reprise des études. Donc, du temps pour monter les dossiers, gérer les entretiens, se renseigner (administration). Je suis entrée dans une grande école en octobre 2015 et suis sortie diplomée en 2017. Du temps, j’en ai pris pour chercher un emploi, ailleurs et j’avais trouvé. Cela m’a permis de démissionner ! Aujourd’hui, je n’ai AUCUN REGRET ! J’ai évolué, progressé, me suis enrichie et j’ai gagné en confiance et en compétences. La vie est belle ! Réagissez ! Sortez de votre zone de confort et réalisez vos rêves !

    1. Merci Sandrine, pour ce message si positif ! Vous êtes vraiment la preuve que c’est possible, oui !
      Et oui, il n’ y a jamais qu’une seule raison, mais toujours un mix de plusieurs facteurs qui font qu’un beau jour, ben on n’en peut plus 🙂
      En tous cas, bravo pour votre courage, et pour la capacité que vous avez eu à mettre à profit le temps que vous aviez, pour actionner votre projet. C’est tellement plus valorisant que de regarder l’heure tourner !

  2. Merci pour cet article, je me suis tellement reconnue!
    Je ne suis pas heureuse et ai fait quasiment un mi temps (payé plein temps) depuis 2 ans et demi. J’en ai profité pour voir une coach professionnel, aller à l’APEC ou au fongecif pour voir qu’elles formations je pourrais faire, mais je ne savais toujours pas trop vers quoi me rediriger …
    …. quand mon corps a craqué sans que je ne vois rien venir, à un retour de vacances qui ne m’avaient pas du tout reposées. Palpitations, cauchemards, crises d’angoisse, impossibilité de se concentrer, boule au ventre, toujours en train de pleurer …
    Je suis en arret depuis 1 semaine, mais je me demande quand est-ce que je dois reprendre mes recherches de travail, sachant que je ne sais toujours pas trop vers quoi aller? Mon conjoint veut me voire heureuse au travail (car ça a pourri notre couple) et m’incite à postuler a des offres …
    Je suis un peu perdue …

    1. Mikaela, je vous invite à prendre les choses dans l’ordre.
      D’abord, vous reposer et prendre soin de votre corps qui vous parle.
      Ensuite, quand ça va mieux, prendre le temps de définir clairement une voie qui vous motive et qui fait sens pour vous.
      Et en dernier seulement, reprendre vos recherches.
      Votre conjoint est plein de bienveillance, c’est super.

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